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Franck Laffaille

Chercheur indépendant

“Bastardi” ou l’action en diffamation de Meloni & Salvini contre Saviano

Le romancier Roberto Saviano – auteur de Gomorra – est accusé de diffamation par Georgia Meloni et Matteo Salvini pour des propos tenus en 2020. Il avait alors qualifié le Ministre de l’intérieur et la leader de Fratelli d’Italia de « bastardi » à raison de leur politique anti-immigration. L’enjeu est classique : si la liberté d’expression et de critique politique est protégée par la Constitution, elle connait des limites inhérentes à l’interdiction de diffamer autrui et de porter atteinte à sa réputation. Reste qu’une question ne peut manquer de poindre : le recours récurrent au juge pénal n’est-il pas, pour le Pouvoir, une technique pour contraindre les adversaires politiques à une forme d’auto-censure ?

Le syndrome de Francfort (de la rébellion en Catalogne). Le juge espagnol versus le juge allemand [Par Franck Laffaille]

Le Tribunal suprême espagnol (chambre pénale) confirme le maintien en détention provisoire de Jordi Sanchez, l’un des dirigeants catalans emprisonnés. Au-delà de l’espèce, cette décision intéresse grandement : le juge espagnol – dans un surprenant obiter dictum – critique son homologue allemand [1] (qui a libéré C. Puigdemont nonobstant le mandat d’arrêt européen formulé à son encontre). Le raisonnement du Tribunal régional supérieur de Schleswig-Holstein est « carente de rigor » : comment a-t-il pu minorer le danger menaçant l’Espagne, à savoir « un grave processus sécessionniste » conduisant à la destruction de « l’ordre juridique étatique et autonomique » ? Et le Tribunal suprême d’ajouter : nul doute qu’un président de Land irrédentiste ferait l’objet de poursuites pénales en Allemagne…