A propos du Rapport Duclert, du rôle et de l’engagement de la France au Rwanda
La récente remise au chef de l’Etat du Rapport Duclert sur le rôle et l’engagement de la France au Rwanda a fait grand bruit. Et pour cause, s’y trouve décortiquée la pratique du pouvoir français et, plus précisément, celle de sa politique extérieure face à l’une des plus grandes tragédies du XXème siècle : le génocide tutsi. Moins qu’une étude de la responsabilité internationale de la France, qui serait recherchée au titre d’une éventuelle complicité de crime de génocide, le travail de la « Commission des historiens », comme on aura pu l’appeler, prend appui sur l’ensemble des fonds d’archives français relatifs au génocide pour s’intéresser à la dimension politique, morale et institutionnelle de la crise rwandaise. Un travail colossal et inédit dont il ressort de très nombreux enseignements pour le « droit politique » et, sans doute en première conclusion, une responsabilité accablante des autorités françaises du fait d’un soutien « aveugle » au régime du président Habyarimana. On y apprend encore l’affranchissement par le pouvoir politique français, essentiellement présidentiel, des normes et procédures censées gouverner son action extérieure. Des dysfonctionnements graves et systémiques qui marquent la faillite des mécanismes supposés garantir notre Etat de droit.